mercredi 11 février 2009
Lowell, Massachussetts, entre Middleton Street et le fleuve Merrimack
C'est ici l'Amérique industrielle, celle que l'on ne voit jamais.
Nous
sommes à Lowell, dans le Massachussetts, entre Middlesex Street et le
fleuve Merrimack, dans le quartier industriel séparé du reste de la
ville par un canal.
L'écluse et la canal ont été
construits en 1821 par Nathan Appleton et Kirk Boott dès le début de
l'ère industrielle. Aujourd'hui, le site fait partie du patrimoine
national depuis 1976.
Bref, un site offert aux regards des visiteurs...
Autrefois,
des ouvriers ici, ont sué sang et eau pour quelques cents. Ils se sont
fait exploités pour pas grand chose et jetés dès que l'on en avait plus
besoin.
C'est cette Amérique là à qui je rends hommage, celle
que l'on ne voit jamais, celle que l'on a jamais voulu voir. Ces
milliers d'immigrants échouant au "Nouveau monde" et croyant au "rêve"
américain, finissant tous la plupart sur des machines poussiéreuses
dans des locaux mal éclairés, crevant à la fin de tuberculose ou rongé
par un cancer des poumons.
C'est ce que décrit Jack Kerouac, originaire de Lowell, dans ses bouquins.
La
prospérité de l'Amérique s'est écrite en partie avec la souffrance de
ces ouvriers. On ne voit que ceux qui ont réussi, jamais ceux qui sont
restés sur le carreau. Nul n'en parle, hormis quelques auteurs
marginaux comme Kerouac ou Hemingway.
Au pays du "dollar-roi", tous les crimes vous seront pardonnés, sauf un... celui d'être pauvre.
Si
l'on est pauvre, dit-on, c'est que l'on a tout fait pour l'être. Si
l'on est riche, c'est qu'on la mérité... vieille morale puritaine
protestante mêlé à un fort esprit capitaliste débridé.
Pendant des décennies, cela a fonctionné ainsi.
Aujourd'hui,
le peuple Américain se réveille enfin. Et j'espère que tout va changer.
Il était temps. Oui, l'argent fait souvent illusion. Elle a fait
illusion pendant longtemps, donnant l'apparence de la fortune, cachant
ces ouvriers misérables survivant pour quelques cents dans ces ateliers
de brique rouge, le long des canaux de la Nouvelle Angleterre.
Pour qui ? Pour quoi ?
Pendant
ce temps-là, on parlait des Rockfeller, des Ford et autres industriels,
banquiers et pétroliers. En 1929, on parlait de ces patrons qui
perdaient tout... on oubliait les milliers d'ouvriers perdant leur
emploi.
L'Amérique n'a jamais aimé les pauvres.
Aujourd'hui,
c'est une mentalité qui change. Enfin, je l'espère. Il était temps.
Mais il aura fallu une crise pour qu'ils prennent conscience que
l'argent n'achète pas tout.
Cette crise laissera des traces,
c'est évident. Et l'Amérique nouvelle qui est en train de naître sera
bien différente de celle qui a existé.
Et c'est tant mieux.
